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Détection des mensonges et temps réel

Vendredi, 6. janvier 2012 23:27

Bonjour et bienvenue dans ce vingt-quatrième article !

Mensonges et temps réel

Avant de commencer j’aimerais vous souhaiter une très bonne année 2012.

Lorsque je regarde la date du premier article je me rends compte que cela va bientôt faire deux ans que j’ai démarré ce blog et une chose est sûre, le temps passe vraiment très vite. Pour faire une bonne transition et puisque nous parlons de vitesse, abordons à présent un sujet plus difficile qu’il ne paraît: la notion de temps réel.

Détecter les mensonges en temps réel. C’est un exercice qui peut être très difficile,  seul l’exercice et l’entraînement permet d’appréhender correctement cette notion. Je ne le répéterai jamais assez, l’entraînement est la clé de la réussite. Il s’agit donc de pouvoir détecter les signes du mensonge dès qu’ils interviennent et cela malgré les obstacles qui peuvent intervenir.

De nombreux paramètres entrent en compte. Par exemple, la complexité de la situation à laquelle nous faisons face. En effet, il y a une différence entre regarder le discours d’une personnalité politique à la télévision et être en plein conflit familial (par exemple). Ce qui m’amène à vous parler de l’élément perturbateur principal d’une détection des mensonges en temps réel. Cet élément perturbateur, vous le connaissez très bien car c’est lui, ou plutôt elle, qui donne naissance aux reactions physiques que vous scrutez chez vos interlocuteurs: l’émotion.

Si vous êtes par exemple en plein conflit familial vous allez être certainement sous le coup d’émotions très fortes et donc fortement perturbatrices  dans votre démarche de la détection des mensonges. Cela dépend donc aussi de votre degré d’implication personnel dans l’histoire.

Car les émotions ne font pas que générer des réactions physiques elles peuvent aussi « vous brouiller l’esprit ». Une forte émotion peut vous bloquer complètement (physiquement et/ou mentalement). Et face à cela vous allez vainement essayer de vous contrôler par diverses techniques (de grand mère, issues du zen, d’un cours de self contrôle etc…). Mais l’émotion est beaucoup plus forte qu’une simple auto-suggestion faite sur le moment  avec son cerveau conscient.

Est-il possible de maîtriser ses émotions ? Oui. Complètement ? Quasiment. Nous en parlerons à la fin de l’article.

Etudions quatre cas de figures, c’est très simple il suffit de se demander à quel moment l’élément perturbateur peut intervenir.

Cas No1: un interrogatoire en « one to one » c’est à dire un enquêteur qui interroge un suspect. Vous êtes l’enquêteur bien sur.

Vous êtes seul face au suspect et c’est donc vous qui devez tout faire en temps réel. Vous devez poser les bonnes questions concernant l’enquête, mais en plus vous devez penser à utiliser les techniques pour faire réagir le suspect et en même temps observer ses réactions. Difficile de ne pas louper quelque chose non ? Et encore là, tout se passe bien. Parce que ne croyez pas que tous les suspects restent bien sagement assis sur leurs chaises. Deux émotions peuvent être présentes dans ce premier cas. La première est celle que vous pouvez ressentir à l’égard du suspect. Quelles émotions ressentiriez-vous si le suspect était un simple voleur à l’étalage ? Un pédophile ? Un meurtrier ? Par exemple un jeune homme qui assassine sa petite amie (vous en avez certainement entendu parler récemment dans les médias). Pardonnez cet exemple extrême mais ce sont des cas qui existent malheureusement. Vous êtes-vous imaginé en train de parler aux parents de cette gamine ? Allez-vous ressentir des émotions ensuite lorsque vous allez être en face du suspect ? Les enquêteurs sont des êtres humains comme les autres. Voici donc l’élément perturbateur en action, l’émotion que vous ressentez envers le suspect. Ensuite, une autre émotion peut apparaître, celle générée (chez vous) par le suspect lui-même. Il n’est pas rare, je peux vous le confirmer, que vous ayez à faire face à des menaces du type: « je vais te retrouver, un jour on se croisera, je trouverai ta famille et je m’en occuperai etc etc… ». En plus, donc, de penser à tout  faire correctement en temps réel pendant l’interrogatoire.

Cas No 2: un interrogatoire également, mais cette fois avec deux enquêteurs face à un suspect. C’est simple, vous avez une personne qui se charge de poser les questions et l’autre qui observe. Même si dans ce cas il peut y avoir la présence d’émotions liées à ce qu’a fait le suspect (supposé avoir fait pour être exact), l’enquêteur qui observe peut bien plus facilement se détacher, être moins impliqué dans la confrontation directe avec le suspect. Moins d’émotions donc moins d’éléments perturbateurs et donc une meilleure efficacité dans l’observation des réactions.

Cas No 3: vous regardez un discours à la télévision. Il n’est pas nécessaire que je m’étale sur cet exemple. Vous avez compris que dans ce cas de figure il n’y a pas beaucoup d’émotions perturbatrices qui peuvent venir entraver votre concentration/observation des réactions. Bien sur vous pouvez ressentir des émotions par rapport à la personne qui tient le discours mais vous n’êtes pas baigné en temps réel et en chair et en os dans cette situation. Vous n’êtes pas impliqué directement. Là où cela peut devenir plus difficile c’est lorsque vous observez plusieurs personnes en même temps, sujet que j’ai abordé dans l’article précédent.

Cas No 4 ou 3bis: vous êtes au chaud chez vous, vous regardez une émission de télévision. Un truc du genre télé-réalité. Vous vous demandez si la personne qui parle à la caméra est en train de mentir ou non. Rien de difficile, il y a encore moins d’émotions présentes que dans l’exemple précédent. Bon, facile de rester concentré et de faire une bonne observation en temps réel. Et là, boum ! Une bimbo/barbie en maillot de bain (oui même en hiver) débarque et se pose à coté de la personne que vous observiez. Bon, pour les femmes qui me lisent…et là, boum ! Georges Clooney et son sac de capsules de café qui vient se poser à coté. On sait pas d’où il sort mais il est là (vous n’allez pas chipoter quand même). Outre l’impact visuel que ces personnes ont occasionné sur votre cerveau durant la première fraction de seconde où vous les avez vu, des émotions perturbatrices risquent d’altérer votre observation temps réel. Et vous risquez fort d’avoir loupé quelque chose pendant ce moment là.

Dans mon livre « détection des mensonges vs mentalisme » j’aborde avec insistance cette notion d’impact visuel spontané qui peut influencer votre observation et/ou pensées/réflexions. C’est également un élément perturbateur à ne pas négliger. Je ne vais pas approfondir ce sujet ici mais au fond c’est au final une émotion que vous allez ressentir, causé par un impact visuel particulier et qui peut altérer votre analyse temps réel.

Cas No 5: il n’y a pas de cas No 5 mais je suis prêt à parier qu’à la lecture du cas précédent vous vous êtes sûrement remémoré cette bimbo ou ce Georges  Clooney et que vous avez oublié le temps d’un  instant ce que vous étiez en train de lire. Emotion perturbatrice qui a peut-être altéré la réflexion que vous aviez en cours.

Vous avez donc compris l’importance du degré d’implication que vous avez face à une situation donnée. Mais l’élément principal reste et restera toujours le problème des émotions. Quelle est donc la technique pour perturber un détecteur de mensonges humain ? Les émotions. Générées par exemple par des comportements tels que celui du cas No 1. C’est un exemple bien précis mais chaque situation est exploitable pour celui qui veut perturber les choses.

Quelle serait donc la technique  idéale pour interroger quelqu’un ? L’idéal serait de procéder un peu comme dans la série Lie to me. Une personne interroge, une autre observe près de la scène (dans la sphère de la scène) et une autre observe d’une manière plus extérieure, en dehors de l’interrogatoire, via une « vitre sans teint », une caméra. L’avantage de la caméra et du stockage de la vidéo est de pouvoir revenir rapidement sur un doute et de prendre une décision avant que l’interrogatoire ne se termine. Pour rester dans le « temps réel » en quelque sorte.

Est-il possible de maîtriser ses émotions ? Oui et il est possible d’aller très loin en fait. Toujours dans l’optique de tenter de maîtriser cette notion de temps réel votre humble serviteur a (malheureusement) passé quelques années de sa vie à essayer de neutraliser les réactions limbique. Il n’est pas possible de le faire mais il est par contre possible d’aller  assez loin dans la réduction du temps de paralysie que provoque la réaction limbique avant de  reprendre « ses esprits » et de redonner le contrôle à votre cerveau conscient.  Au point de ne plus réagir lorsqu’un voiture vous fonce dessus pour reprendre l’exemple que je prends souvent pour décrire les réactions limbiques. Il existe plusieurs techniques pour travailler cela, certains sports peuvent permettre d’accéder à un certain stade comme les sports de combats. Surtout lorsque vous êtes sous les coups d’un adversaire plus fort que vous et où il ne faut pas laisser ses émotions prendre le dessus sous peine de sanction immédiate. La notion de temps réel prend bien son sens dans une situation comme celle-ci. Mais il existe une technique dont je parlerai peut-être dans un article et que j’ai donc mise au point via mes expérimentations.

Pour détecter les mensonges avec efficacité il est nécessaire de se détacher d’une situation, de contrôler ses émotions afin d’être le plus lucide possible. Un bon entraînement est nécessaire, j’en parle un peu dans l’article « entrainement mental à la détection des mensonges«  . Mais trop vouloir maîtriser ses émotions peut également vous faire passer à coté de choses importantes et n’est au final pas le but ultime. Avoir un minimum de contrôle sur ce qui se passe donne déjà de bons résultats si l’on prend soin de bien s’entraîner.

Cet article touche à sa fin, je vous souhaite comme d’habitude un bon entraînement à la détection des mensonges !

Bien à vous,

Philippe

Catégorie: Non classé | Commentaires (10) | Auteur: Philippe