Les mensonges et la logique acte III
Jeudi, 21. juillet 2011 21:24
Bonjour à vous !
Peut-être êtes-vous en vacances, ou bien tout simplement au travail. Bonnes vacances aux uns et bon courage pour les autres. Voici mon dernier article qui va vous accompagner en ces journées par vraiment ensoleillées et c’est le moins que l’on puisse dire. Nous allons approfondir ensemble des notions de logique telles que celles dont je parle dans mes articles sur le mensonge la logique et le bon sens. Si vous avez besoin de vous rafraîchir la mémoire voici les deux liens des articles concernés:
Article les mensonges la logique et le bon sens
Article logique et bon sens acte II
Mais avant, je voudrais ouvrir une toute petite parenthèse si vous le permettez, j’ai l’honneur de vous annoncer la fin de mon deuxième livre ! En fait, je l’ai terminé exactement le 1er juillet et je compte le diffuser au début du mois de septembre, le livre étant en phase de relecture. Mais, je me pose en ce moment la question de sa diffusion. Peut être pouvez-vous m’aider ? Si vous décidiez de l’acheter, préféreriez-vous le format traditionnel en papier ou un format numérique de type pdf par exemple pour le lire sur votre ordinateur ou téléphone ? Si vous avez une dizaine de secondes devant vous, cliquez sur ce lien « petit sondage » pour y répondre. Je vous en remercie d’avance.
Bon, attaquons sans plus attendre ce nouvel article.
Je vais apporter quelques détails supplémentaires cette notion que j’ai abordée dans l’article de la logique et du bon sens et que j’ai nommé « les réponses à géométrie variable ». Lors de l’audition de témoins j’ai toujours été beaucoup plus convaincu lorsqu’une personne me disait : « Non, je n’ai rien vu, j’ai entendu un grand cri et lorsque je me suis approché de la fenêtre j’ai vu une personne allongée par terre. Ma femme est arrivée derrière moi complètement paniquée par ce cri horrible ».
Je serai un peu plus suspicieux envers une réponse comme : « non je n’ai rien vu ».
Bien sur, une personne qui dit la vérité va apporter des détails à son histoire. Ce qui ajoute encore de la crédibilité à l’exemple précédent c’ est que la personne décrit des sentiments lui appartenant (le fait que ce cri semblait vraiment horrible). Mais elle décrit aussi des émotions ressenties par une autre personne « complètement paniquée » qui traduit bien un état d’esprit « détaillé » d’une tierce personne. L’exemple du récit de la soirée de votre conjointe (dans le premier article) contient également l’intervention de sentiments/émotions de personnes présentes à ce moment. Déjà qu’il est difficile de mentir sans se tromper, surtout sur une longue histoire, il est encore plus risqué d’essayer d’inventer des états d’âmes d’autres personnes. De plus, si vous essayez de mentir en temps réel à une personne, que vous n’avez pas préparé votre mensonge, inventer des sentiments liés à de tierces personnes demande un certain effort mental donc des temps morts dans le récit qui peuvent être très vite mis à mal par un enquêteur chevronné par une attaque directe, précisément sur ces temps morts.
Mais il y a trois points que je voudrais aborder, le premier étant la notion de « sauts temporels multiples ». Il n’y a absolument rien de compliqué là-dedans. Une personne qui a vécu une scène, sans parler des détails qu’elle va fournir, va pouvoir sans aucun souci sauter d’un point à un autre dans le déroulement de l’histoire. Elle va même commencer par le point qu’elle juge le plus important, sauter à la fin de l’histoire, revenir en arrière, revenir sur le point important tout cela au gré des questions qui lui seront posées.
Le deuxième point qui peut apporter une crédibilité supplémentaire à l’histoire est la présence d’événements soudains qui interrompent le cours normal de l’histoire. Cela peut être des complications qui apparaissent pour x raisons. Encore une fois, mettez vous à la place de la personne qui dit la vérité et de celle qui ment. Si vous avez réellement vécu ces événements, ces complications, vous n’aurez aucun mal à en parler et même à les développer, à donner plus de détails. Maintenant, si vous avez décidé de mentir, croyez-vous que ce soit une bonne idée de rajouter des éléments dont il serait difficile de se rappeler plus tard ? Vous risquez de vous tromper, à plus forte raison si l’on vous demande des détails sur le champ. En admettant que vous ayez réussi à inventer des détails sur le champ, vous aurez beaucoup de mal à vous en souvenir si vous vous faites interroger à nouveau. De plus ces « détails » inventés à toute vitesse manqueront de détails justement, de personnalité, de sentiments.
Ce seront des réponses du type : « C’était bien ta soirée ?
- oui, c’était bien »
Bon.
Donc, pour revenir sur ce point, vous pouvez considérer que des événements soudains, qui semblent interrompre le flux normal de l’histoire, ou des complications qui interviennent amènent une certaine crédibilité à l’histoire et que celle-ci semble donc vraie.
Petit exercice pour trouver le troisième point.
Un témoin est interrogé pour savoir s’il a aperçu une certaine voiture, une berline noire garée non loin du restaurant entre 22h et minuit un certain jour de la semaine: « Euh, oui laissez-moi me souvenir…oui effectivement en sortant du restaurant j’ai vu une grosse voiture noire garée le long du trottoir d’en face, c’était une BMW….Ah non ! C’était une Audi je me rappelle avoir vu les anneaux sur la calandre. Par contre je ne me souviens plus à quelle heure c’était ».
D’après vous, y’a t-il un ou plusieurs mensonges ? D’un point de vue de la logique et du bon sens je veux dire, nous laisserons de coté l’orientation du regard et la gestuelle pour rester dans le thème de cet article. Prenez quelques minutes pour essayer de trouver…
Vous aurez remarqué qu’il y a deux éléments distincts. Voici le premier : « c’était une BMW…Ah non ! C’était une Audi je me souviens des anneaux sur la calandre » .
Et le deuxième : « Par contre je ne me souviens plus de l’heure ».
Dans la première sentence (et la deuxième d’ailleurs) le flux des paroles est important. De la même manière qu’une réaction limbique fait réagir le corps spontanément, une réaction peut être spontanée également dans un flux de parole. Dans cet exemple le témoin déclare que c’est une BMW, puis au moment où il allait continuer sa phrase, hop l’image des anneaux lui revient en tête et corrige spontanément ce qu’il vient de dire. La réaction semble naturelle. Cette modification spontanée peut être qualifiée de sincère. Vous constatez qu’avec de la précipitation il est facile de penser le contraire. Dans la détection des mensonges il faut comparer, analyser tous les éléments que vous pouvez recueillir et ne pas en déduire des conclusions trop rapidement sur la base d’un seul élément.
Deuxième élément : « par contre je ne me souviens plus de l’heure ».
Même chose ! Il pourrait effectivement s’agir d’un mensonge, mais là aussi il faut analyser le degré de spontanéité de la phrase. Est-ce que cela semble naturel ? La personne l’a t-elle affirmé par elle même d’une manière spontanée ou après lui avoir posé la question ? Tout ceci est à prendre en compte. Mais il est normal qu’une personne disant la vérité n’ai aucun problème à déclarer qu’elle ne se souvient plus d’un détail.
Ce troisième point est donc la spontanéité dans la modification des propos ou l’oubli de détails. Je l’ai trouvé un bon nombre fois lors d’auditions de témoins.
Voici une petite subtilité que vous pouvez ajouter à votre caisse à outils de la détection des mensonges. Elle ne s’adapte cependant qu’à un contexte et une question bien précise.
Evaluez les deux sentences suivantes après la question : « Que lui avez-vous dit exactement ? »
Sentence 1 : « non ne fais pas ça, on va se faire choper ».
Sentence 2 : « je lui ai dit de ne pas le faire, qu’on allait se faire choper ». Dit un copain à un autre copain pour l’empêcher de faire une bêtise.
Pour résoudre cette affaire il faut utiliser la technique que je préconise souvent et qui consiste à se mettre à la place de l’autre. Faites-le. L’autre… c’est vous dans deux scénarios différents. Premier cas, vous êtes totalement complice et vous n’avez certainement pas tenté d’empêcher votre copain de passer à l’acte. Vous l’avez même aidé à fracturer la portière de cette voiture. Lors de l’interrogatoire vous pourriez mentir la phrase suivante (du verbe mentirer): « j’ai rien fait, j’ai même essayer de l’en dissuader.
- Que lui avez-vous dit exactement ?
- Je lui ai dit de ne pas le faire, qu’on allait se faire choper ».
Deuxième cas, vous avez réellement essayé de dissuader votre copain. Mettez-vous bien à sa place c’est important. Lors de l’interrogatoire vous pourriez dire : « Ah non je n’ai rien fait, j’ai tout fait pour l’empêcher.
- Que lui avez-vous dit exactement ?
- Au moment où j’ai vu qu’il allait le faire je lui ai dit : « non ! Ne fais pas ca, on va se faire choper » »
Dans la sentence No 1, la personne a essayé, dans la réalité des faits, de l’arrêter. Il a réellement prononcé cette phrase donc, « naturellement » il peut répéter ce qu’il a dit et non généraliser ou dénaturer cette réponse qui en fait est peut être bien inventée. C’est vraiment très subtil comme technique et il faut vraiment la corroborer avec les autres éléments que vous aurez relevé. Disons, que quand j’entends quelqu’un donner une phrase neutre alors qu’il pourrait répéter la phrase qu’il a prononcé, je ne peux m’empêcher d’avoir un doute. Je note ça dans un coin afin de l’attaquer plus tard ou sur le moment cela dépend.
Dernière subtilité dans ce monde de la logique et du bons sens, voici la notion « d’éléments de la vie courante mélangés à une sentence ».
Comment analyseriez-vous cette phrase après la question : « que faisiez-vous hier soir aux alentours de 18h ?
- j’étais chez moi, je regardais la télévision ».
Et celle-ci : « j’étais chez moi, d’habitude je regarde « plus belle la vie » mais comme il faisait beau je suis allé faire un tour au parc, de temps en temps j’y retrouve mes amis qui font la même chose ».
Outre bien sur les détails, mettez-vous à nouveau à la place de l’autre. Si vous étiez normalement chez vous vous n’aurez aucun mal à raconter ce que vous avez réellement fait. Et la présence dans votre sentence d’éléments ou d’événements de votre vie courante renforce la crédibilité de vos propos.
Lorsque j’entends une personne qui parle d’éléments, événements, habitudes de sa vie courante dans l’explication qu’elle donne j’ai tendance à penser qu’il s’agit peut- être de la vérité.
Cependant, comme la technique de la manipulation du temps (cliquer ici pour l’article 1 et ici pour l’article 2 sur cette technique), où la personne utilise des événements qu’elle a réellement vécus pour les calquer sur son mensonge, cette dernière subtilité présente le même inconvénient. Une personne peut, pour étoffer ses propos, calquer des habitudes de sa vie courante sur ses mensonges. Attention donc.
Vous voici à présent armé de quelques subtilités supplémentaires pour vous aider à dégager le vrai du faux dans une situation qui peut être complexe. Mais n’oubliez pas, ne vous fiez pas à un seul indice, tentez d’en recueillir un maximum dans les réactions limbiques, les gestuelles d’ouverture/fermeture , l’acte d’auto-massage et bien sur tous les éléments post-réaction-limbiques, l’état d’esprit de la personne et bien sur ses dires.
Cet article est à présent terminé, je vous remercie de l’avoir lu et vous souhaite une bonne détection des mensonges. A très bientôt pour la présentation de mon prochain livre.
Bien cordialement,
Philippe Kaizen
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