Détecter une agression
Dimanche, 15. mai 2011 19:59
Ou du moins mettre toute les chances de son coté pour la détecter.
Bonjour ! Bienvenue dans ce nouvel article dans lequel nous allons aborder un sujet qui peut devenir très vite complexe car impliquant rapidement de nombreux paramètres.
Est-il vraiment possible de détecter une agression physique ?
Eh bien je répondrais à cette question par un non. Voilà, cet article est terminé je vous remercie de votre attention. Bon, plaisanterie mise à part il est possible de le faire. Il n’existe cependant pas de formule magique permettant de le faire à tous les coups mais il existe certain signaux qui peuvent vous donner de sérieux indices sur les intentions dangereuses de votre interlocuteur à votre égard.
Le point le plus important de cet article et en fait de tous mes articles c’est encore et toujours l’observation ! Encore et encore. Combien d’agressions auraient pu êtres évitées si les victimes avaient tout simplement observé leur environnement direct ! Au lieu d’être complètement absorbées , pour ne pas dire « débilisées », par leur smartphone. Ce sont des objets très utiles à mon goût mais je pense qu’il faut savoir en décrocher de temps en temps. Par exemple lorsque vous passez dans une rue où vous êtes seul(e) sauf une personne qui attend adossé au mur un peu plus loin à l’endroit où vous allez passer. Ou encore sur le quai du métro, il est tard le soir, il n’y a que 2 ou 3 personnes sur le quai donc de la place pour tout le monde. Pourquoi alors soudain, deux personnes entrent dans votre espace vital (j’en parlerai un peu plus loin), l’une d’entre elle vous demande si vous avez une cigarette puis ressortent de votre espace vital ? Étiez-vous par hasard avec votre smartphone à la main ? Cela peut très bien être la vérité, peut être la personne qui vous a demandé une cigarette voulait-elle seulement une cigarette. Surtout si vous n’aviez aucun objet de valeur visible. Par contre si vous aviez à la main votre téléphone, votre lecteur mp3 ou mieux encore dans le genre discret une énorme tablette tactile du type iTruc cela vaut quand même le coup de se poser la question et de noter une éventuelle corrélation !(Ça c’est le premier indice que vous pouvez noter). C’est gratuit et ça mange pas de pain. Un exemple de la vie réelle qui est justement un jeune homme exactement dans le cas du quai de métro dont je viens de parler. Il est tard il y a trois personnes sur le quai dont le jeune homme qui vient d’y mettre le pied. Il est complètement absorbé par son smartphone et est en train de taper un message avec ses deux mains. Il se dirige doucement vers l’autre bout du quai. D’un point de vue tactique c’est déjà une petite erreur car il commence à s’isoler. D’ailleurs à ce moment là entrent sur le quai deux autres jeunes qui le repèrent immédiatement et se dirige vers lui. Il n’y a pas assez de place sur le quai ? Pourquoi se dirigent-ils vers le bout du quai en le regardant fixement ? Ça, la future victime ne peut pas le savoir car elle est toujours sous l’effet de la drogue que semble lui insuffler son portable et semble complètement obnubilée par son écran. A mi-quai les deux futurs agresseurs entrent dans l’espace vital de la future victime et l’un d’entre eux lui demande une cigarette. Ce que je nomme l’espace vital c’est une sorte de sphère qui est autour de vous et qui s’étend sur une longueur équivalent à vos bras que vous tendriez droit devant vous ou sur le coté. Si par exemple, sur une place où je suis seul, une personne pénètre ce cercle je vais trouver ça plutôt suspect. Vous pouvez élargir ce cercle, cette sphère, à la longueur que votre jambe atteindrait si vous la tendiez à l’horizontal et sur le coté (comme un coup de pied de karaté).
Revenons à notre histoire, après avoir demandé la cigarette les deux jeunes s’écartent un peu et la future victime continue son chemin vers le bout du quai replongeant sa tête dans son smartphone. Et en plus, j’ai oublié de vous signaler que la victime avait les écouteurs sur les oreilles ! Si en plus on entend rien venir… Et là l’histoire se poursuit d’une manière assez hallucinante puisqu’on voit alors les deux jeunes se diriger soudain vers la victime, l’un d’eux sort un couteau et le pire c’est qu’il met trois heures à ouvrir sa lame ! (ça devait être un couteau du genre opinel). Un rapide coup d’oeil aurait pu alerter la victime, mais elle ne voit toujours rien venir car toujours en train de tapoter sur son débiliphone ! Dix secondes plus tard et après quelques coups dans la figure les deux agresseurs repartent avec le téléphone. Heureusement pour la victime sans aucun coup de couteau qu’elle n’aurait pas pu voir venir de toute façon. Que pourrais-je vous dire de mieux pour vous démontrer l’utilité d’observer son environnement ? Les agresseurs ciblent ce genre de victimes car elles ne voient rien de ce qui peut se passer autour d’elles. Par contre les agresseurs eux ils observent ! Ils regardent aussi les écouteurs que vous avez dans les oreilles car ils peuvent donner un indice sur la marque de votre téléphone ou lecteur mp3. Ou juste le casque que vous avez sur les oreilles, s’il semble de qualité les agresseurs peuvent émettre l’hypothèse que vous avez d’autres objets de valeurs sur vous. Je parle du casque mais je pourrais aussi parler des vêtements que vous portez. Cependant les vols à l’arrachée sont beaucoup plus fréquents car vous avez juste à arracher un objet de la main d’une personne. Si on vous arrache vos vêtements par contre c’est pas un vol, c’est que vous devez avoir un parfum vraiment très puissant et suscitant. Oups je m’égare.
Attention également, toujours dans les transports au moment de la fermeture des portes vous pouvez vous faire arracher votre portable des mains et ne même plus avoir le temps de réagir car les portes sont en train de se fermer. Observez, observez les gens qui passent à proximité des rames et qui ne semblent pas pressés d’entrer alors que les portes vont bientôt se fermer mais qui semblent plutôt observer ce qui se passe dans les rames. Ça ne coute rien, ça vous fait un exercice supplémentaire pour vous entrainer à détecter un comportement dans ce genre.
Le niveau d’alerte est différent lorsqu’une personne entre dans votre espace vital alors que vous avez un objet de valeur dans les mains et lorsque vous n’avez rien. Vous devez vous poser la question. Mettez-vous à la place des agresseurs, vous repérez une personne avec un téléphone dans les mains vous voulez savoir ce que c’est. Que faire ? S’approcher. Comment ne pas attirer l’attention lorsque vous allez entrer dans la sphère vitale de la cible ? Vous allez demander une cigarette. Pendant que vous, la victime, êtes focalisée sur la personne qui vient de rentrer dans votre espace vital mais que finalement, rien de grave elle ne fait que vous demander une cigarette, le deuxième agresseur peut pendant ce temps observer la marque de votre casque ou smartphone. Ou même passer à l’acte. Le passage à l’acte se traduit d’une manière gestuelle par une dissimulation. Si vous ne voyez absolument pas la deuxième personne, qu’elle complètement dans votre dos, vos clignotants doivent être au rouge, surtout si vous avez un objet de valeur dans les mains. D’où la nécessité d’élargir votre cercle vital et prendre en compte très rapidement les paramètres/contextes de la situation. Espace vital franchi, j’ai un objet de valeur visible, je suis isolé.
Le cas de la ruelle où vous êtes le/la seul(e) à passer alors qu’il y a une personne adossée au mur est un peu différent. Il y a un contexte, des questions que vous devez vous poser afin d’établir un degré d’alerte de la situation.
Cet homme qui attend, adossé au mur, est-il en train de faire quelque chose, est-il occupé à une tache ou observe t-il les alentours, regarde t-il dans votre direction, sans forcément vous regarder précisément ? Est-il isolé ? Est-ce que quelqu’un peut le voir d’une fenêtre, d’une vitrine de magasin ou est-il adossé contre un mur complètement vide de toute présence humaine ? Première chose à prendre en compte. Si l’on se met à sa place, choisiriez-vous un espace où vous êtes facilement repérable ? Bien sur un agresseur peut très bien se mettre à la vue de tout le monde et se griller. Je n’essaie pas de définir un comportement mais j’essaie de vous donner une façon d’observer et d’établir un niveau de risque d’une situation donnée. Vous agresserait-il de face ? Non, c’est plus facile par derrière là ou vous ne verrez pas l’agression venir. Donc si au moment de passer devant lui il se met ensuite à vous suivre alors que vous êtes la seule personne à passer, cela doit mettre également tous vos voyants au rouge. Il ne va pas forcément vous agresser bien sur mais ça fait quand même beaucoup d’éléments dans le même temps, il est isolé donc pas visible des autres, j’ai mon téléphone à la main et au moment où je passe il quitte sa posture pour me suivre. La meilleure façon de gérer cela si vous avez des doutes c’est encore de changer de trottoir. Ce n’est pas moi qui le dit c’est un grand expert en art martiaux. Eh oui même une personne experte en art martiaux peut conseiller cela. Même qu’il s’appelait Bruce Lee. Je suis plutôt d’accord avec lui, sauf si vous voulez la jouer film de kung-fu mais je vous le dis tout de suite personne n’est capable d’arrêter les coups qui viennent par derrière. La réalité du terrain n’a rien à voir avec les films.
J’ai parlé tout à l’heure de dissimulation lors du passage à l’acte. En fait c’est une fraction de seconde avant le passage. Une fraction voir même une à deux secondes. Les gestes/réactions qui ont lieu avant le passage à l’acte peuvent être les suivants (en prenant le cas d’une personne qui va en frapper une autre) : une forte inspiration ou une ventilation forte ( inspiration/expiration) afin de s’oxygéner. Cela se traduit par une dilatation des narines. Pas facile à détecter à moins d’être à deux centimètres de l’agresseur. Je préfère me fier au gonflement de la poitrine ou extension du torse qu’aux narines. Il y a également le poing fermé, qui est très fortement serré et qui peut indiquer un passage à l’acte imminent. Cela est souvent accompagné bien sur d’une expression de colère sur le visage. Quel rapport avec la dissimulation ? La personne qui va agresser l’autre va essayer de créer (généralement) un effet de surprise afin d’être sure de ne pas louper son coup et va donc se cacher. Cacher ces réactions. Elle peut par exemple se mettre légèrement de coté par rapport à vous et ainsi cacher son poing fermé. Elle peut aussi regarder ailleurs et plus encore tourner même la tête afin que vous ne voyez pas son expression du visage. La réaction que j’ai le plus observé est celle-ci : se mettre de coté, tourner/baisser la tête (pour cacher sa colère), mettre le poing derrière, prendre une forte inspiration et frapper. Le tout bien sur en une à deux secondes en fonction de la situation. J’ai observé cela dans des bagarres de boites de nuits mais aussi avec des armes à feux lors d’interventions. Le suspect ayant une arme à la main a produit exactement les mêmes gestes alors que nous lui intimions de lâcher son arme. Heureusement, un collègue avait pu l’approcher physiquement et avorter son geste. Même chose pour un suspect mise en joue et dont son arme (un couteau cette fois) était posé sur sa commode. Une forte inspiration, la tête qui se tourne, un bref regard pour vers son couteau (pour le localiser visuellement pour ensuite pouvoir le prendre sans regarder) m’a tout de suite fait réagir en lui intimant l’ordre de ne pas faire de gestes regrettables.
Mais si vous notez bien, l’élément le plus important qu’il faut retenir est l’observation. Encore et toujours l’observation. Il n’y a pas de formules toutes faites pour détecter une agression. Cela reste un exercice assez difficile car de multiples situations peuvent donner de multiples réactions. Aussi cet article je le répète n’a pour but que de lancer un premier jet dans la modélisation des réactions et gestes liés aux agressions. Si en plus l’agression est dirigée contre vous cela devient encore plus difficile à cause de la surprise ou de l’engagement émotionnel lié à la situation. On rentre alors dans la recherche de la maitrise de soi et de ses émotions.
Observez, observez et observez encore votre environnement et faites attention au terrible pouvoir paralysant du smartphone. Prenez bien en compte les notions d’espace vital, les notions de dissimulation, le contexte afin de vous permettre d’évaluer un niveau de risque avant d’être à portée de l’éventuelle menace. Prenez en compte les gestes ou les réactions de passage à l’acte.
Ici se termine mon article, comme marqué précédemment je travaille actuellement sur mon deuxième livre qui sera terminé vers la fin du mois de juillet. Il traitera de sujets qui n’ont encore jamais été traités (et ne le seront pas) dans mon blog.
Tous les détails très bientôt c’est promis !
Je vous souhaite une bonne lecture et remercie chaleureusement tous les lecteurs et lectrices de mon blog.
Bien à vous
Philippe Kaizen.
Catégorie: Non classé | Commentaires (28) | Auteur: Philippe



























