Articles du septembre, 2010

Les mensonges et le regard 2

Dimanche, 12. septembre 2010 17:03

mensonges et regard orientation
Bonjour à tous et à toutes, c’est en cette rentrée du mois de septembre que nous allons aborder à nouveau le thème du regard et des mensonges. Mais cette fois ci, votre objectif, si vous acceptez cette mission, sera de prendre en compte divers exemples pour tenter de déterminer s’il est possible de forcer l’orientation du regard dans une direction ou dans une autre afin de dérouter la personne qui vous pose des questions. Sujet plutôt vaste et difficile entouré de multiples variantes. Nous évoquerons les deux directions du regard “standards” , l’appel à la mémoire et la création.
Mais avant cela effectuons un petit rappel sur le fonctionnement du regard.
Nous avons vu dans l’article No 3 “Les mensonges et vos yeux” qu’une personne qui fait appel à ses souvenirs va orienter son regard en haut et à gauche, alors qu’une personne qui va créer, inventer la réponse, va orienter son regard vers la droite (et en haut). Pour plus de détails sur le fonctionnement du cerveau lisez l’article No 2 “les mensonges et votre cerveau” ainsi que le No 3 pour les notions d’hémisphères. J’ai abordé également la notion de gaucher/droitier dont l’orientation serait inversée. C’est une des hypothèse pour laquelle il est très difficile de trouver une information scientifique, chacun (des auteurs de livres ou documents sur le sujet) y allant de son hypothèse mais sans arguments scientifiques bien préçis. Le commentaire récent d’une personne gauchère ayant la même orientation du regard que les droitiers vient renforcer l’aspect fragile de cette hypothèse. Mais ! Deux choses sont à prendre en compte dans la détection des mensonges: première chose, le regard doit être ajouté à d’autres signaux que vous aurez repéré chez votre interlocuteur et deux: le plus important si vous voulez accorder une certaine importance à l’orientation des yeux est d’établir le plus rapidement possible lors de l’échange avec votre interlocuteur, une base nominale. Pour cela débrouillez vous pour poser une question à votre interlocuteur qui l’oblige à accéder à un souvenir. Vous aurez ainsi une bonne base de travail  pour la suite de votre discussion.
Autres points dont nous allons parler maintenant est le fait de baisser son regard (ou non) lorsque l’on ment (et des différentes variables). Il ne s’agit pas de le baisser dans une direction particulière mais de détourner son regard de l’autre (comme pour mentalement éviter ce que l’on entend ou par peur que l’autre puisse lire à travers notre regard). Sur cent personnes qui mentent environ 75% évitent de regarder leurs interlocuteurs dans les yeux. C’est une base fiable sur laquelle vous pouvez vous reposer. Il y a des gens qui,  lorsqu’ils mentent, regardent leurs interlocuteurs dans les yeux. C’est  tout à fait possible mais il ne s’agit pas d’utiliser une technique particulière qui permettrait de le faire. Il s’agit plutôt d’un trait de la personnalité mais cela dépend aussi  du type de relation que nous avons avec la personne. En effet, si vous mentez à une personne qui vous est chère, vous aurez plus de mal à soutenir son regard, tandis que si c’est une personne avec qui vous n’avez aucun lien particulier vous aurez plus de facilité à la regarder dans les yeux.
Une autre variante  qui permettrait à une personne de vous fixer dans les yeux lors de sa réponse (que j’ai observé suite à une série de tests sur des cobayes, euh, pardon des amis) est la “ fraîcheur” de l’information (ainsi que la charge émotionnelle liée à cette information). En effet , si vous mémorisez une information, par exemple vous mémorisez “les avions sont bleus”  et que 30 secondes plus tard je vous pose la question “les avions sont rouges ?” vous n’aurez aucun mal à me regarder dans les yeux en disant oui, ils sont rouges. L’information étant très récente, vous n’avez pas besoin d’orienter votre regard vers la gauche pour rechercher l’information. Ce point est difficile car il possède beaucoup de paramètres comme l’importance  de l’information ou encore la charge émotionnelle liée.
Pour conclure cette petite révision sur le regard, je pose comme base de travail les faits suivants: une majorité des personnes que vous croiserez auront une orientation du regard « standard ». Une majorité des personnes qui mentent désengagent le contact directe dans les yeux de leurs interlocuteurs. Ce qui m’amène à répéter à nouveau: établissez le plus rapidement possible l’orientation de votre interlocuteur en lui posant une question qui fait appel à sa mémoire ou bien prenez compte du mouvement que vous avez décelé puis croisez le avec les autres signaux que vous aurez détecté.
Bon! et notre affaire alors ?
Commençons par un exemple qui pourrait vous attirer des surprises sans que vous le sachiez. Il se peut que dans un certain cas de figure pour pourriez faire croire (sans le faire exprès donc) à votre interlocuteur sachant détecter les mensonges que vous mentez alors que vous cherchez un souvenir !! Quoi ? mais comment est-ce possible !?
Il m’est arrivé d’observer à plusieurs reprises, et pas seulement sur d’autres personnes mais également sur moi même,  une manipulation un peu spéciale pour accéder à un souvenir ancré dans la mémoire. En effet , lorsque nous voulons accéder à un souvenir, à la différence que ce souvenir est vraiment lointain ou que nous avons du mal à nous en rappeler, ou, que l’on ne se rappelle plus de tous les détails, il arrive que notre regard commence par s’orienter vers la gauche. Puis, alors que nous essayons en vain de nous souvenir des détails, nous effectuons alors une manipulation qui consiste à s’imaginer des détails dont nous savons qu’ils ressemblent plus ou moins à ce que l’on cherche. Et dans le sens « s’imaginer » des détails j’entends créer des détails qui ressemblent à peu près à l’information que nous cherchons. Nous faisons alors appel à notre hémisphère créatif et orientons alors notre regard vers la droite ! Voilà encore un point qui ajoute à nouveau un paramètre supplémentaire à gérer. Heureusement ce n’est pas chose courante et je pense que cela dépend aussi du fait que vous utilisiez souvent ou non des images mentales pour vous représenter ou mémoriser des informations.
Deuxième exemple de possibilité de fausser délibérément l’orientation du regard. En observant une vidéo récemment d’une personne qui effectuait son spitch devant une caméra , je coupais  le son afin de n’observer que ces gestes et je pu alors déceler que cette personne connaissait les principes de l’orientation du regard. Comment ?, pensez vous à cet instant.  Il existait un décalage flagrant entre l’orientation du regard, les gestes et la reprise de la parole après l’orientation du regard donnant une impression de robotisation. C’est ce que je nomme les « micro-décalages », ces petits décalages dans l’action qui vous donnent cette impression que quelque chose cloche mais vous ne savez pas quoi. Bref, la personne regardait à gauche feignant de faire appel à sa mémoire, puis reprenait la parole. Très facile à faire. Imaginez vous assis sur une chaise, face à une caméra et avec le texte que vous devez lire affiché ou écrit sur un prompteur juste à coté de la caméra. Quoi de plus facile de lire un bout de texte, de faire une pause, d’orienter sciemment son regard vers la gauche, puis, de reprendre la lecture de son texte ? Vous ne pouvez pas vous tromper, puisque personne ne vous met la pression ou ne vous pose de questions pour vous déstabiliser ou vous faire déclencher des réactions limbiques (en plus vous pouvez recommencer autant de fois que vous voulez jusqu’à ce que ce soit bon). Voilà donc un exemple qui permet de mentir et en plus de « mimer » des gestes tels que l’orientation du regard afin d’appuyer ses propos. Essayer  de détecter les mensonges sur des personnes n’ayant fait que lire un prompteur est plus difficile que sur une personne réellement interviewée ou interrogée. Attention donc.
Bon, qu’en est-il de forcer délibérément l’orientation du regard lorsque vous devez répondre aux questions posées par votre interlocuteur ? Est-ce possible sous la pression et en étant en face d’une personne cherchant à vous surprendre et à déclencher chez vous des réactions limbiques ? Non et vous savez pourquoi. Et si nous enlevions la pression ? Votre conjoint vous demande où vous avez passé la soirée et en compagnie de qui, sachant que vous lui avez dit la veille que vous retrouveriez vos copines à un endroit précis alors que vous étiez en compagnie d’un collègue de votre bureau et que vous êtes allé dans un restaurant qu’il a choisi. Est-il possible de changer l’orientation du regard ? Cela dépend bien sur de la pression et de l’effet de surprise, mais soustrayons les de l’équation. Avec de l’entraînement il est possible , lorsque vous entendez la question, de penser immédiatement au lieu où vous auriez du être (de préférence où vous êtes déjà allé) et de vous forcer à en imaginer les détails qui feront alors appel à votre mémoire. Il en est de même pour la personne avec qui vous étiez. Vous pensez immédiatement à une amie avec qui vous étiez au restaurant et vous faites également ainsi appel à votre mémoire et orientez ainsi le regard vers la gauche. En fait, il existe deux techniques avancées de mensonges , il s’agit des techniques que je nomme compression et distorsion du temps dont je parle dans mon livre. Dans le scénario présent, vous vous remémorez une soirée entre copines dans un restaurant bien précis (que vous avez réellement vécu donc) et dont vous pouvez ressortir tous les détails puisque vous y étiez vraiment. Plus votre conjoint vous posera de questions sur la soirée plus vous pourrez lui  donner des détails, qui plus est si vous avez lors de cette soirée là, enregistré un maximum de détails, d’anecdotes et de faits. Je connais des personnes qui possèdent un stock de soirées qu’elles ont passé et qu’elles peuvent vous raconter d’une manière si convaincante (normal puisqu’elles les ont vécues) que vous n’aurez aucun mal à croire que c’était hier soir alors qu’elles n’ont pas du tout fait cela ! Impressionnant ? Certainement. Difficile de détecter des mensonges ? Sûrement. Imparable ? Non, à condition de ne pas s’enliser à rechercher les détails de l’histoire ni les gestes qui seront également convaincants.
Voici encore une exemple qui peut rendre encore plus difficile cette notion d’orientation du regard. Un 3ème article sur les yeux et les mensonges ne sera pas de trop ! Quoiqu’il en soit, n’oubliez pas les deux conseils qui sont d’essayer d’établir rapidement de quel coté se fait l’appel à la mémoire d’une personne (quand vous ne la connaissez pas spécialement ou que c’est la première fois que vous la rencontrez) et le plus important, de ne pas se fier à l’orientation du regard seule ! Vous possédez suffisamment de connaissances à présent pour utiliser d’autres techniques pour détecter des signaux de mensonges que vous pourrez croiser ensuite avec les orientations du regard que vous aurez observé.
Sur ces derniers mots s’achève cet article. Le prochain article (que j’ai faillis écrire à la place de celui-ci, aussi je vous prie de m’excuser pour le léger retard par rapport à la date que j’avais noté) exposera le rôle de la  détection des mensonges  au beau milieu d’un conflit social entre les employés d’une entreprise, sa direction et ses investisseurs. Comment la détection des mensonges peut elle anticiper des réactions parfois agressives quelques minutes avant qu’elles n’arrivent et permettre de trouver des brèches provoquant l’action. Tout un programme, votre humble serviteur ayant participé à ces 4 heures de négociations.
Je vous souhaite une bonne rentrée et une bonne lecture,
Cordialement votre,
Philippe

Catégorie: Non classé | Commentaires (20) | Auteur: Philippe